LA BIBLE ANALYSÉE

MALACHIE — CORRUPTION INCONSCIENTE

Par G. Campbell Morgan




On ne sait rien de plus sur Malachie que ce que révèle le livre qui porte son nom. Le mot « Malachie » signifie « messager », ce qui a donné lieu à l'hypothèse selon laquelle il s'agirait d'un titre plutôt que d'un nom. S'il est probable que Malachie était bien le nom propre du prophète, sa signification est des plus évocatrices, car tout au long de la prophétie, c'est le message de l'Éternel qui prime, tandis que la personnalité du messager reste totalement dissimulée.

Le lien entre cette prophétie et l'œuvre menée sous Esdras et Néhémie est évident. Les abus contre lesquels Malachie a protesté, à savoir un sacerdoce corrompu, les mariages mixtes et le non-paiement de la dîme, étaient ceux qui existaient à l'époque de Néhémie. Malachie n'est mentionné ni par Esdras ni par Néhémie ; il a donc probablement prophétisé après leur époque. Il semblerait que les maux particuliers, qu'ils s'étaient engagés à corriger, coexistaient encore avec des observances extérieures correctes. L'attitude du peuple est révélée dans les sept « En quoi » (1:2,6,7;2:17;3:7,8,13).

La prophétie se divise en trois parties : Affirmation fondamentale (1:2-1:5) ; Accusations formelles (1:6-2:17) ; Annonces finales (3-4).

A. Affirmation fondamentale - Malachie 1:1-1:5

Après le mot d'introduction, qui constitue en réalité la page de titre, le message commence presque brusquement par la parole tendre et sensible de l'Éternel à son peuple : « Je vous ai aimés. » C'est là le véritable cœur de la prophétie ; tout doit être considéré à la lumière de cela.

Le prophète a ensuite, en une phrase tout aussi brève, indiqué l'attitude du peuple envers l'Éternel : « En quoi nous as-tu aimés ? » La seule explication possible à une telle question est que le peuple, conscient de la différence entre sa situation nationale et sa grandeur passée, ainsi que de l'apparente non-réalisation des promesses prophétiques, remettait en question l'amour de l'Éternel.

Le prophète répondit à cette question sceptique en leur rappelant l'amour de l'Éternel pour Jacob et sa haine pour Ésaü ; sa destruction d'Édom et sa délivrance d'Israël.

B. Accusations formelles - Malachie 1:6-2:17

Après avoir ainsi exposé son message fondamental, le prophète a ensuite formulé ses accusations formelles. Celles-ci se répartissent en trois groupes : celles contre les prêtres, celles contre le peuple et celles contre la nation en général.

En ce qui concerne les prêtres, il a dénoncé leur corruption et a indiqué la nature de leur châtiment. Il les a accusés de blasphème, en ce qu'ils avaient méprisé le nom de l'Éternel ; de sacrilège, en ce qu'ils avaient offert du pain souillé sur son autel ; de cupidité, en ce qu'aucun d'entre eux ne s'était montré disposé à ouvrir les portes de sa maison sans contrepartie ; de lassitude, en ce qu'ils avaient « méprisé » tout le système du culte comme « une corvée ». À la lecture de ces accusations portées contre les prêtres, il apparaît très clairement qu'ils en ont pris ombrage, comme le montre la répétition de la question : « En quoi ? ». Cela montre bien que le prophète s'élevait contre un formalisme dépourvu de réalité. C'est pourquoi il leur adressa les menaces de l'Éternel. Leurs bénédictions devaient se transformer en malédictions, et le châtiment de leur corruption serait qu'ils seraient méprisés par le peuple. Au milieu de cette déclaration figure un passage d'une grande beauté, décrivant le véritable idéal du sacerdoce.

Le prophète a spécifiquement accusé le peuple de deux péchés, et dans chaque cas, il a prononcé un jugement à leur encontre. Il a introduit cette accusation par l'énoncé d'un principe — celui de la relation commune de tous avec Dieu en tant que Père — et par la déclaration du péché qui en découle, à savoir celui de se traiter perfidement les uns les autres. Le premier péché spécifique était celui des mariages mixtes du peuple, tandis que le second était celui de la prévalence du divorce.

L'accusation finale visait la nation tout entière et consistait à reprocher d'adapter la doctrine à la détérioration de la conduite. Face à cette défaillance morale, le peuple affirmait que, malgré ses mauvaises actions, l'Éternel se réjouissait de lui, et demandait avec scepticisme : « Où est le Dieu du jugement ? »

C. Annonces finales - Malachie 3:1-4:6

La dernière partie du livre contient l'annonce par le prophète de la venue du Messie. Elle se divise en trois sections traitant de Celui qui vient, du Jour à venir, et prononçant les paroles de conclusion.

Le prophète annonça l'avènement du Messager de l'Éternel, décrivant Sa Personne, le déroulement de Son administration, et déclarant enfin le principe de l'immuabilité de l'Éternel.

Il fit ensuite appel à la nation, l'appelant de manière générale à se repentir, puis lui adressant une double accusation de vol et de blasphème. À chacune de ces accusations, ils répondaient par la même question : « En quoi ? », montrant ainsi que le peuple, à l'instar des prêtres, observait les formalités de la religion tout en étant dépourvu de véritable vie spirituelle.

Au milieu de cette apostasie généralisée, il existait un reste encore fidèle à l'Éternel, que le prophète a d'abord décrit, puis auquel il s'est adressé, leur déclarant que l'Éternel les connaissait et qu'Il avait pris une décision à leur sujet.

Tout cela conduit à sa grande déclaration concernant le Jour à venir. Il décrivit ce Jour dans ses deux aspects. Pour les méchants, ce serait un jour de feu et de destruction. Pour les justes, ce serait un jour de guérison et de salut. Les paroles de conclusion du prophète exhortaient le peuple à se souvenir de la loi de Moïse, promettaient la venue d'un héraut avant celle du jour du Seigneur, et se terminaient par une solennelle allusion au jugement.

Matthieu